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Le port de Trieste profite du conflit en Ukraine

 

Cette actualité est la propriété de: Les Echos

La principale escale portuaire italienne est devenue centrale pour les activités commerciales en Europe, notamment centrale et de l’Est mais aussi avec l’Asie. Un statut conforté par l’invasion russe qui a fermé la route commerciale en mer Noire

Les brames d’acier oscillent dans l’air de Monfalcone. Les grues s’activent pour décharger la cargaison des trois navires baignant dans les eaux de l’Adriatique. Ce port à quelques encablures de celui de Trieste abrite les chantiers navals de Fincantieri, le plus important groupe naval civil et militaire transalpin . Alors que les plus grands navires de croisière sortent de ses rades, d’immenses quantités de produits semi-finis en acier importés en Italie sont débarquées sur ses quais. En temps normal, 75 % proviennent d’Ukraine, essentiellement de l’aciérie Azovstal de Marioupol . 25 % des exportations russes d’acier vers l’UE et 47 % des ukrainiennes arrivent en Italie. Une matière première indispensable à la reconstruction du pont de Gênes qui s’est effondré il y a quatre ans mais surtout à la construction des paquebots géants de Fincantieri.

L’Amérique du Sud et l’Asie remplacent l’Europe de l’Est

« C’était avant l’invasion russe du 24 février dernier qui a fait s’effondrer l’activité de près de 80 %, déplore Mitter Mandolini, président de la société Alto Adriatico, prestataire de services pour les chantiers navals de Monfalcone. Mais après un mois difficile, nous nous sommes réorientés vers d’autres marchés. Les navires que vous voyez viennent du Brésil, du Vietnam et d’Inde. » Ils mettent 25 jours à rallier les côtes de l’Adriatique là où il ne faut qu’une semaine depuis la mer Noire.

« Pour amortir les frais supplémentaires, les armateurs ont doublé les cargaisons de brames qui sont passées de 20.000 tonnes à 40.000 tonnes en moyenne, explique Mitter Mandolini. L’activité est revenue à la normale même si elle est plus concentrée dans le temps puisqu’avant, nous gérions l’arrivée d’une dizaine de navires par mois contre 4 aujourd’hui. Pour rentabiliser leurs voyages, ils sont remplis de toutes sortes de produits. J’ai l’impression que l’on est revenu 40 ans en arrière. »

Les nouvelles routes de la soie

Pour sécuriser leur avenir, Monfalcone et Trieste ont pris l’habitude de regarder vers l’Est. La société allemande Hamburger Hafen und Logistik AG (HHLA), dont le premier actionnaire est la ville de Hambourg, a acquis en 2020 50,01 % de leur plateforme logistique. Mais les promesses venues d’Orient sont la principale garantie de leur prospérité. En 2019, le gouvernement de Giuseppe Conte signait avec la Chine un protocole d’accord pour sceller la participation de l’Italie au projet pharaonique d’infrastructures maritimes et terrestres baptisé « nouvelles routes de la Soie ».

Pékin souhaitait faire de Trieste sa porte d’entrée en Europe. Ses eaux parmi les plus profondes du continent en font un débouché idéal pour les grands navires. Mais c’est surtout son statut de port franc qui le rend particulièrement attractif. Les produits qui y transitent ne sont pas immédiatement soumis aux droits de douane, rendant plus rapides et moins chères les procédures de débarquement.

Les opportunités offertes par la guerre en Ukraine

« L’augmentation du trafic depuis l’Asie avait déjà dopé notre activité mais la guerre en Ukraine nous fait battre de nouveaux records », constate Zeno D’Agostino, président du port de Trieste. Au cours du premier trimestre 2022, 14,1 millions de tonnes de marchandises y ont transité, en croissance de +19,6 % en un an. 90 % des marchandises sont destinées aux marchés européen et international grâce aux nombreuses liaisons ferroviaires qui font de Trieste un concurrent sérieux des ports d’Europe du Nord, notamment Hambourg et Rotterdam.

« Le conflit actuel est une catastrophe humanitaire mais représente une opportunité économique, explique Zeno D’Agostino. Avec le besoin d’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie , l’activité du terminal pétrolier va augmenter. Nos entrepôts sont pleins pour affronter les différentes crises. »

La navigation en eaux troubles de l’économie mondiale n’effraie ni le port de Trieste ni celui de Monfalcone. Les ports italiens bénéficieront de plus de 30 milliards d’euros pour la modernisation de leurs infrastructures dans le cadre du plan de relance européen. De quoi en faire des points d’ancrage incontournables des nouvelles routes commerciales internationales.

 

Les Echos

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